L'HOMME PLASTIQUE
L'homme plastique est un essai qui questionne la plasticité de l’humain dans le sens de transformabilité infinie et ubiquité, questionnant les limites physiques, biologiques, et psychologiques du corps avec son environnement objet comme espace et individus.

« Le monde entier peut être plastifié »
Dans les années 70, cette formule de Roland Barthes évoquait cette grosse bulle de chewing-gum rose sympathique et ludique qui caractérisait l’enthousiasme de ces années de pop-art, où l’on rêvait de vivre dans une maison gonflable…
Pourtant, derrière cette formule innocente, se profilait déjà le phénomène de société, cette crise de l’homme que nous vivons actuellement, la plastification de l’homme au sens propre. Art contemporain, film, graphisme, mode et même design traduisent de plus en plus ouvertement cette obsession-haine du corps…
Depuis leur création, les matières plastiques ont envahi le monde entier comme aucune autre matière. S’immisçant dans toutes les strates de la société, en un siècle elles en ont bouleversé les valeurs et les codes. Aujourd’hui, elles sont partout, sous divers visages, au cœur de nos vies, et commencent imperceptiblement à remettre en cause le rapport que l’homme entretient avec son corps, sa « plastique corporelle ».
Le terme « Plastique » vient du latin plasticus, « qui concerne le modelage ». Il qualifie ce qui peut être modelé, façonné avec les doigts ; art plastique, sensations et transformabilité infinies. Par extension, il désigne également « l’ensemble des formes d’une statue ou d’une personne ». Souci esthétique et idéal physique, on dit d’une femme qu’elle a une belle plastique… En philosophie, le « médiateur plastique » est celui qui permet l’union entre le corps et l’âme.
Sous ce même adjectif, se cache également une famille de matières synthétiques issues de la chimie macromoléculaire, qui ont cette capacité à se transformer à volonté au gré des procédés industriels de leur mise en œuvre : moulage, formage, coulage… Ce sont les matières plastiques, appelées plus couramment « les plastiques ».
Humain ou artificiel, artisanal ou industriel, ces paradoxes autour du mot « plastique » sont riches de sens.
Plutôt qu’une étude de plus sur la chimie et le développement économique des matières plastiques, c’est cette ambiguïté que nous avons voulu étudier ici, le terme « plastique » au sens large ; comprendre comment , dès leur dénomination, ces nouveaux matériaux portaient en eux ces paradoxes… fantastiques ou diaboliques…
Extrait de l'introduction
